LE BLOG DE VIVIANE

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ARCHIVE : source n°120573 / Date inconnue

 

EXTRAIT DE “AUX PORTES DE LA CITÉ INTERDITE” DE V.N.D.T.R [OUVRAGE CONSIDÉRÉ COMME SUSPECT PAR L’ADMINISTRATION DE LA ZATO]

 

Raconter. Au présent. Et pas la moindre once de fiction. Pour une fois.

 

La porte de la paix céleste (Tian An Men).

Les étudiants vivent les derniers instants.

D’ici quelques heures, ce sera le grand nettoyage.

D’ici quelques heures, ce sera le vide.

 

Nous sommes en 1989. C’est le début de l’été. Dans quelques mois, je quitterai ce pays. Pour toujours.

 

Dans la nuit du 3 au 4 juin, quartier de Qi Jia Yuan. Un bâtiment en brique rouge surplombe l’avenue Chang’an. Le bâtiment des “amis” étrangers.

“Into the groove” de Madonna sonne dans mes oreilles. La dernière chanson de la face B enregistrée dans une cassette TDK regroupant quelques tubes venant de Hong Kong.

L’avenue barricadée par les riverains. La rumeur dit qu’il se peut que. J’attends cela depuis des années. Il ne s’est jamais rien passé dans la ville bunker. Sauf les rafales de vent venues de Sibérie via le désert de Gobi.

Une ville muette. Un territoire neutre mais contrôlé.

 

Il se dit qu’il va y avoir la guerre.

Qu’est-ce que la guerre ?

Je n’y ai jamais été confronté. J’ignore ce qu’est la mort, l’odeur de la pourriture, de la chair à canon. Pour moi, elle ressemble à un film de propagande série Z en noir et blanc. L’armée populaire de libération pourchassant le pervers nippon, américain, décimant la soldatesque des traîtres de Formose. Divertissant, convivial, larmoyant. Le héros de la longue marche criblé de balle mais toujours pas mort. Long plan séquence, les dernières paroles adressées au camarade Mao. Risible. Rien de bien effrayant. Jusqu’à ce que je découvre les Waffen SS dans un film français dont j’ai oublié le nom. Ces gars-là étaient d’une autre trempe. Des machines à tuer. Obsédés par le “nombre”. Natural born killers.

 

Dans la chambre d’à côté. Des ronflements supersoniques. Mon père. Le sosie de Gorbatchev. Sans la tâche sur le front. C’est un point de vue personnel.

 

Rewind >>

J’avais 16 ans en avril 1989, le jour où les manifestations ont commencé. Le quotidien du peuple titrait quelque chose comme “troubles de l’ordre public”, le fait “d’un petit nombre”.

Je suis descendu dans la rue, caméra VHS au poing, une National M5. Enfin quelque chose se passait. Une grande fête.

Rues bondées. Des milliers et des milliers sur la célèbre avenue.

 Une grande fête qui se terminerait dans un bain de sang.

Bientôt ils ne seraient plus que fantômes.

Je voulais rencontrer Wuer Kaixi et sa dégaine de dandy pop 80’s, Wang Dan l’intellectuel et Chai Ling, ancienne icône de la jeunesse communiste chinoise. Elle me plaisait bien. Sa froideur industrielle me rappelait cette viêtcong déterminée qui se faisait flinguer par les G.I.’s paniqués dans Full metal Jacket. La mort jusqu’au bout. Malheureusement, j’ai appris bien plus tard que Chai Ling s’est donnée corps et âme à Dieu, non pas le p’tit père du peuple et leader charismatique, Mao Zedong, non, l’autre, le crucifié, le masochiste de Nazareth. C’était lors de son exil américain.

Je crois que Marx s’était égaré en disant que la religion était l’opium du peuple. Il avait oublié que Dieu était mort. Pas la religion.

Le néo-divin serait l'homme “superstar”.

Ces trois-là, on les voyait constamment à l’écran. La CCTV. La télévision d’État. L’organe du Parti. La mémoire du Parti. La version officielle de l’histoire qui a débuté en 1949, date de naissance de la Chine nouvelle.

En direct. En différé. En boucle : la grève de la faim, les étudiants et leur bandeau blanc vissé sur la tête, les ambulances, les apprentis médecins, les dignitaires, tel Zhao Ziyang, secrétaire général du PC, chialant dans un bus, s’excusant, s’amendant, promettant. Je crois qu’il était sincère — Il finira en résidence surveillée jusqu’à la fin de ses jours.

Il y avait une ouverture vers le monde.

Et puis il y a ce jour d’humiliation pour la ligne dure du Parti, Wuer Kaixi a coupé la parole à Li Peng, le futur boucher de ce que l’histoire occidentale retiendra sous le nom de “Printemps de Pékin”.

      C’était donc le printemps. Le printemps d’un peuple.

Cui Jian, l’enfant terrible du rock chinois chantait : “Je n’ai rien”. Ils allaient lui faire payer cet outrage. Autrement que par l’assassinat ou l’emprisonnement. En lui imposant des contrôles anti-dopage avant chaque concert. C’est un exemple parmi tant d’autre. Car trop célèbre. La République populaire n’aurait pas voulu du martyr de trop.

 

Dans la nuit du 3 au 4 juin. Il est peut-être 2h ou 3h du matin. Je ne m’en souviens plus très bien.

L’avenue. Pas un bruit. J’attends.

Il va se passer quelque chose. Les phantasmes d’un ado avide d’action.

J’entends.

Les ronflements boeing 747 de mon père. Qui s’approchent. De plus en plus. Papa !

 

Mon frère me secoue. Chut !  Écoute ! Ils arrivent.

Qui ?

Je le suis. Le cœur battant. Intrépide.

Je vais chercher la caméra. Filmer. Je suis au cœur de l’événement. Aux premières loges.

Nous attendons. Longtemps. Presque une éternité. Il y a un groupe qui vient de traverser l’avenue. Un autre suit. Camarades intrépides.

Le printemps, la saison des amours.

Un son métallique. Le premier char. L’étoile rouge. L’armée du peuple. L’armée populaire de libération. L’armée de la République populaire de Chine.

Un soldat positionné le regard fixé vers l’avant. Sa mitrailleuse coaxiale dans la direction de la porte de la paix céleste. Tian An Men. J’arrête la caméra. Moment de flippe. Je n’aurais pas dû. Je vais le regretter.

 

Mur de sons métalliques. En crescendo. Industriels.

La rumeur dit qu’ils viennent de très loin. Peut-être de Mongolie intérieur, du Turkménistan Oriental, du Ningxia. Flinguer les petits bourgeois de Hans rebelles, les fouteurs de merde.

La rumeur dit qu’il s’agirait du 21ème corps d’armée.

La rumeur dit que la 6ème division appartenant au 38ème corps d’armée les attendrait. A qui dégainera le premier dans le désert de béton.

La rumeur dit qu’on aurait drogué tout le monde.

La rumeur dit que nous allons avoir une guerre civile.  

La balkanisation de l’Empire du centre.

Je ne me sens plus très bien.  

 

Et puis plus rien. Le vide. La foule. Comme ça. Alternance. Frustration. Je suis à deux doigts de prendre ma bicyclette noire, une “ Flying pigeon” version classique, la bicyclette du travailleur. Suivre les blindés. Instinctivement. Mon père me foudroie du regard. Qu’est tu fous a habillé comme ça ?

Je baisse les bras. Je suis dégoûté. Pour rien au monde je n’aurais voulu rater la guerre. En direct. En première ligne. Aux premières loges. C’est un événement qu’on ne vit qu’une fois.

Allez, on verra ça demain de plus près.

La nuit porte conseil, n’est-ce pas !

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240711

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ARCHIVE : source n°27235 / Date inconnue

 

EXTRAIT DU JOURNAL INTIME DE MANON LANGLOIS-BELLOUMI

 

Si j’avais insisté, il serait encore en vie.

Peut-être.

 

Il faut que je parle.

 

Rive droite.

Ce jour-là, mon mari et moi sommes allés chercher de quoi manger. Je ne voulais pas qu’il vienne, c’était risqué d’aller jusqu’à la rue Orbe. Mais il ne voulait rien savoir, il disait que c’était dangereux.

J’ai cédé.

 

Nous habitions rue Saint-André, pas loin de la Place Cauchoise.

 

Il n’y avait personne dans les rues. Sauf quelques cadavres qu’on enjambait, les victimes d’une guerre dont on ne saisissait pas vraiment les enjeux, une guerre civile mondiale qui opposait les fondamentalistes religieux, les libéraux-démocrates, les nationalistes, les écologistes, pirates et activistes de tous bords.   

 

Rouen était une ville paisible, la ville de province dont les dernières secousses dataient de la deuxième guerre mondiale. C’était il y a une éternité.

 

Nous marchions dans le brouillard et le froid glacial. Pas loin de la gare, je me souviens qu’il y avait ce logo sur le mur de la rue Saint-Maur, quelque chose qui ressemblait à un disque, je crois. Mon mari me disait que ça lui rappelait la belle époque, quand il traînait dans les caves de la ville.

— Tupelo Soul, ça ne te dit rien ?

Je n’avais pas répondu. Je ne l’avais pas entendu. Il y avait un bruit de moteur. Là. Quelque part.

Nous étions au milieu de la rue Saint-Maur quand a surgi une patrouille de reconnaissance.

Ils se sont arrêtés à 5 mètres, n’ont pas stoppé le moteur. Sur les portières de la jeep blindée : la fleur de Lys.

Mauvais pressentiment.

 

Opération de contrôle.

Des hommes et des chiens.

La Brigade Jeanne D’Arc.

 

Ils nous ont demandé nos papiers.

Nous ne savions quoi répondre. C’était absurde. Nous étions ce qu’il était désormais convenu d’appeler des apatrides.

— Vos papiers !

— Quels papiers ? je leur ai demandé.

Ils ont ricané.

— Nous sommes l’État, a répondu l’un d’eux, un type avec un œil de verre. Nous sommes le royaume éternel, le royaume catholique, la fille aînée de l’Église, la résurrection.

Mon mari tremblait. Quand l’un d’eux lui a craché au visage.

Mauvais pressentiment.

Je leur ai dit que nous n’avions rien à voir avec ceux qu’ils combattaient, que nous étions des civils, sans étiquette, rien de plus.

Ils ont regardé mon mari.

— Et lui, tu baises avec lui, ce fils de pute d’Allah ?

— C’est mon mari. Il n’a rien à voir avec eux (c’est-à-dire la faction islamiste radicale qui contrôle Sotteville et ses environs, groupuscule affilié à l’international Shebab).

Le type avec un œil de verre a éclaté de rire, s’est approché de moi, a voulu m’embrasser. Je lui ai foutu une claque.

— Salope ! Tu n’es qu’une trainée !  Tu vas sentir la queue de la chrétienté !

 

Je ne pourrais pas décrire ce qui a suivi. Les mots manquent pour évoquer l’enfer. Je préférerais me taire. Oublier ce dont la bête humaine est capable.

 

Quand je me suis réveillée, Aziz gisait près de moi, sans vie, le visage éclaté. Il sentait l’urine.

 Ils lui avaient logé une balle dans le crâne et lui avaient pissé dessus.  

 

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210711

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ARCHIVE : source n°12589 catégorie F

 

JOURNAL EXTIME DE L’IDOLE-COBAYE — Les terrassés du jeudi

 

 

En terrasse à l’Espiguette. N. et moi autour d’une paillette.

Il ne parle que de ça. Raise and fall of the decade. La fin de la belle époque, les années 2000.

Quand il n’était pas seul.

Se sent perdu sans ses machines, sans son maquillage, sans Robert Smith qui le regardait jouer d’un bout à l’autre de la planète via youtube.

Je n’en reviens pas. Que son cerveau lui ait joué ce tour.   

Il ressasse :

«  Le groupe a splitté. Le rêve s’est envolé. »

Quelque chose lui manque. Les dérives de la scène. Les applaudissements, les fans, les baisers volés, le sexe reloaded time after time. Il supporte mal la disgrâce. L’oubli. Plus personne ne l’interpelle dans la rue : « c’est génial ce que vous faites ».

Needing love & MDMA.

Au bout de la 4ème paillette, la mémoire-machine se désactive.

Nous nous quittons. Chacun chez soi.

 

Ecran. Un titre. Une arrestation. Encore.

Un serbe cette fois. Goran Hadžić. Le petit caporal de Milošević, dixit Vuk Drašković, un nationaliste kind & softly qui avait fait parler de lui peu de temps avant la guerre.

Me dit que.

Le temps de la flambe est révolu. L’époque est à l’austérité, à la survie. Regardez. DSK en piteux état. L’homme providentiel. Le sauveur de la France. Entre les mains de policiers virils from New York city.

Le temps de la flambe est révolu.

Mais pas pour tout le monde. Y a ceux qui résistent.

Kadhafi, leader panafricaniste autoproclamé & bienfaiteur de la patrie nègre.

Mladic portant casquette. Qui ne baisse pas la tête. A fait mieux que tous les dirigeants nazis réunis à Nuremberg. Ne s’est pas fait seppuku à l’instar des samouraïs-officiers de l’empire du soleil levant. Il dit Fuck off !

 

A quelques minutes de 16h la déprime.

Envie d’un verre de rouge. Du bon qui ne tachera pas l’appareil digestif.

Et si j’allais voir Willo à la Rotonde. M’enslovaquiser les neurones. Palabrer seul à seul.

Peut-être.

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200711

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ARCHIVE : source n°12589 catégorie F

 

JOURNAL EXTIME DE L’IDOLE-COBAYE — 19/07/11

 

Entrefilet.

Énième coup d’État en Guinée Conakry comme un peu partout dans le reste du monde.

 

Ce matin, j’ai envie d’exotisme en un clic.

So.

Let’s roll in NYC.

La génération post-Bret Easton Ellis — car il est question de fracture, n’en déplaise à ceux qui n’y comprennent rien aux frontières. Comme moi. Constamment hors phase. Toujours à redire.   

N’en connais aucun. Ni de gueule ni de nom. Ont l’air foutrement sérieux cela dit. Lunettes rondes d’intello post-moderniste côtoyant pull-overs bio des dimanches chics entre ladies & gentlemen. Like always. But without drugs.

 

Une déflagration dans le ciel de Bretagne. Tout le monde l’a vue. Jacte. C’est le signe avant-coureur qui annonce la venue de l’objet messianique. Le sujet extraterrestre. Un bout de non-terre source possible de vie, pensent les uns. Une menace de mort, disent les autres. Totale apocalypse si l’on en croit Hollywood, totale destruction aux portes de l’input-monde. J’angoisse. Coupe la radio. Le chaos n’est pas pour le présent.

 

Un après-midi entre pluie radioactive et soleil nitroglycérine.

Direction place Saint-Marc.  

Coffee & cigarettes with pretty people.

Contrôle de police. Rue Armand Carrel. En cyber-bleu de travail. Fourgonnette bleu blanc rouge pas loin. Peut-être qu’il y en a qui pense que la ville est plus sûre comme ça. Je confirme. Le taux de criminalité à Pyongyang : approchant le zéro.

 

Ce que j’ai vu/entendu ce matin.

Les new kids from Brooklyn parlent de gran’mother & gran’father. Il est beaucoup question de filiation. S’approprier les origines comme remède contre les névroses. S’approprier le passé cauchemardesque. La shoah. Le 11 septembre. Et déjà 2012 qui se profile si l’on en croit les prédictions mayas. Va falloir tracer plus bas que ground zéro si l’on veut éviter l’inacceptable : l’Être réduit en poussière avant d’avoir vécu.

L’apocalypse court toujours plus vite que son ombre. Fuck !

 

Gossip & virtuality.

Un avatar au couleur de la patrie flamboyante pourfend l’idéologie hippy de Madame Joly. T’inquiète pas mon joli, le feu d’artifice est pour bientôt, ce sera le chef-d’œuvre, la guerre terminale que tu désires tant et tant.

 

L’obsession du siècle.

Quête & expansion de l’identité. De soi. Ça devient une manie. Surtout depuis que les chinois s’y mettent. Forcément, ils ont chanté été comme hiver : l’Orient est rouge, le soleil se lève, la Chine a vu naître Mao Zedong.

Ricanement. Je vois rouge.

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170711

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ARCHIVE : source n°12589 catégorie F

 

JOURNAL EXTIME DE L’IDOLE-COBAYE — Les terrassés du jeudi

 

 

À l’abri dans un bunker de luxe.

Temps de merde.

 

[Comeback — 14 juillet 2011]

 

Les blocs se constituent. Les conciliabules se succèdent. Ont débuté les opérations de destitution. Qui est le prochain sur la liste ?

 

J’men fous.

 

Personne ne parle encore de conflit généralisé. Le temps est à la coke-party, aux mignons vivelle dop qui trônent place Saint-Marc.

 

Fuck me on stage !

Un cri noyé dans la masse.

 

J’men fous.

 

Plus tard dans la nuit. L’un des ponts qui relie la ville. Hourvaris & feux d’artifice. Familialement correct.

 

Overnight.

 La police municipale quadrille l’espace. Les lumières tombent. City off.

 

J’men fous.

On m’aura tout pris.

 

Je n’ai plus rien à dire. Plus rien.

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140711

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Rendez-vous ce matin la peur au ventre au bureau de l’immigration, le check-up annuel. Prouver à la Zato que je suis une milicienne performante.

« Vos statistiques sont mauvaises. Vous n’avez pas atteint vos objectifs. Vous pouvez faire mieux ! », a lâché la dame du bloc identitaire.

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ARCHIVE : source n°12589 catégorie F / Année 2010

 

JOURNAL DE L’IDOLE COBAYE

Dieu annonce un message de la plus haute importance à des gens qui n’ont rien d’autre à foutre sauf à perdre leur temps à écouter un envoyé de dieu qui annonce un message de la plus importance à des gens qui n’ont rien d’autre à foutre sauf à perdre leur temps à écouter un envoyé de dieu qui annonce un message de la plus haute importance à des gens qui n’ont rien d’autre à foutre sauf à perdre leur temps à écouter un envoyé de dieu qui annonce un message de la plus importance à des gens qui n’ont rien d’autre à foutre sauf à perdre leur temps à écouter un envoyé de Dieu qui annonce un message de la plus haute importance à des gens qui n’ont rien d’autre à foutre sauf à perdre leur temps à écouter un envoyé de dieu qui annonce un message de la plus importance à des gens qui n’ont rien d’autre à foutre sauf à perdre leur temps à écouter un envoyé de dieu qui annonce un message de la plus haute importance à des gens qui n’ont rien d’autre à foutre sauf à perdre leur temps à écouter un envoyé de dieu qui annonce un message de la plus importance à des gens qui n’ont rien d’autre à foutre sauf à perdre leur temps à écouter un envoyé de Dieu STOP !

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Page d’histoire officielle sur l’Écran de la Zato, section Histoire, civilisation & culture. Critique de l’Ancien temps par Aline Lefebvre, technicienne du loisir et auteure du best-seller la ville aux milles lumières, l’œuvre de la vérité nue qui se consomme en famille.

Elle s’insurge, harangue l’écranspectateur, finit par ces mots : « Plus jamais ça ! »  

Le discours habituel de la citoyenne aux milles mérites. Vigilance et sécurité au nom de la paix globale, sujets de la plupart des ses livres.  

Images du monde tel qu’il était avant sa chute — entre deux pubs. La critique porte essentiellement sur les méfaits de la démocratie et du métissage, les causes du mal, du chaos. Elle hurle à la propagande liberticide. Des familles applaudissent probablement derrière leur écran.

Zoom sur des groupes d’étudiants dans les rues d’une capitale d’un Etat disparu. Les mots révolution, freedom et get out inscrits sur des draps blancs. Ils demandent la démission de leur président, bienfaiteur de l’humanité qui avait tant œuvré pour la Paix globale, particulièrement dans cette région minée par des années de luttes fratricides, un précurseur selon Aline, citoyen d’honneur du Consortium. plus jamais ça !

Elle traite tout ce petit monde de terroriste à la botte des islamistes, des altermondialistes, des indépendantistes, les responsables de la grande crise.

Elle…

 

[coupure]

Un animateur annonce la victoire de l’armée des Consortium sur les activistes (Global children against States) en Austrafrique. L’opération Upgrade the world ne sera bientôt plus qu’une sombre page de l’histoire. On entend Aline lancer une prière à Jean-Baptiste Léonard, le fondateur de la Zato, le continuateur de la politique de Paix Globale.

 plus jamais ça !

 

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151010

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tour

Octobre. Citoyens englués dans la grisaille et la pluie. Des écoliers en rang traversent l’avenue Jean-Baptiste Léonard sous l’œil sévère de l’institutrice et des caméras. Et peut-être parmi eux, de futurs soldats de la paix.

Ecran de la zato

Entreprise de sauvetage de soldats du Consortium, en prime time, pris en embuscade dans les Rocheuse (Wyoming) par l’unité d’élite des forces interalliées. Une seule victime, le Lieutenant Waldémar Poniatowski. Un franc succès selon le porte-parole de Léonard.

Des images de deux femmes en larmes l’une en face de l’autre. L’épouse du Lieutenant et sa maîtresse, nous affirme-t-on de source sûre. Un officier supérieur se lance dans un discours sur l’importance de la fidélité, une valeur sûre selon lui pour perpétuer la paix dans le monde.

J’éteins.

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JOURNAL EXTIME DE L’IDOLE-COBAYE — Les terrassés du jeudi (suite)

 

 

La tête d’un penseur célèbre trône sur mon écran Toshiba.

Deleuze, comme tous ces noms pour parler à longueur de journée, qu’il faut absolument avoir lu, écouté, vu, pouvoir en parler, à midi, en soirée, le matin après l’amour, cigarette cloutée au bec, épater la galerie, haleine de feu, jouer les poseurs mains jointes jambes croisées regard énamouré, balancer des concepts en veux-tu en voilà à qui veut bien se sustenter heuristique.  

Deleuze fume, sourit, en sus de l’identité chanteur à texte figé Saint-Germain-des-Prés, la mélancolie de Serge Reggiani, la quiétude de Brassens l’engagé, la gravité de Ferré l’homme théâtral, il est extra avec ses cheveux qui tombent comme le soir,

sauf que n’ai pas encore décidé si oui ou non il y a cliquage en vue, sais pas si je dois "aimer " celui que Michel Foucault considère comme le penseur du siècle, puis de toute façon, l’urgence, vous savez bien, je vous l’ai promis, non !, notre histoire à nous, les chroniques rouennaises du jeudi, les terrasses du jeudi, mais je vous préviens, ce sera une entreprise périlleuse, neurones en mauvais état, hors contrôle, risque d’insécurité dans la zone d’autonomie temporaire, humeur avoisinant le degré zéro, mmmm, le rouge de toscane d’hier, ça m’apprendra à jouer les infaillibles, t’as plus 20 ans mon baisot,

 

 j’ai la tête ailleurs comme on dit, parce que elle,

elle !

parce que faut que je vous dise, bien que ce ne soit pas la chose la plus importante du monde dans la vie d’un lecteur, seulement j’aime palabrer, pas vous ?, donc, je l’ai revue,  presque par hasard d’ailleurs, place des carmes, vous savez, là où trône le Flaubert statufié, l’écrivain très mondialement connu qui brille par sa pose, pose simple en apparence mais qui n’a pas à rougir face aux Tontons flingueurs du pacte de Varsovie, immortel je vous dis !

J’aimerais tout de même savoir une chose, pourquoi les gars ont-ils toujours l’œil dressé vers l’avant ? Remarque, une ville infestée de statues à l’effigie de personnages célèbres les yeux baissés, pensez-vous ! 

Nous avons convenu de nous revoir aujourd’hui au même endroit.

« Pensez-vous que ce soit possible ? Paraît que l’histoire est parfois un animal imprévisible ! 

C’est-à-dire :

Ne sais pas ce qui m’a pris vers 17h, ai eu comme un flash, speed leaving without warning, évidemment rien de sensationnel, pas moi qui vais vous informer d’un ton solennel qu’un extraterrestre est venu m’annoncer que je suis le conducator élu à 99% des voix et hop ! tout le monde suit le guide, oh ! non non non, rien de tout cela, juste une folle envie de guincher, libérer le flux reptilien tout sens dessus dessous qui me taquine le popotin depuis 5 bonnes minutes, me mets donc quelques bons disques — Deezer pour ne pas vous mentir — avant d’aller fouler le parquet au Live café rue Armand Carrel, l’échauffement avant tout qu’il disait le philosophe footballeur et saoulard sud-américain qui parlait d’affronter la muerte romántica bajo el sol de Satanás quand il rentrait sur le terrain, donc donc donc commence par du reggae, Augustus Pablo, Big youth, The ethiopians, puis puis puis on monte un peu la sauce, Roxy music, New order, Arcade fire, M83, allez allez allez on ne traîne pas, Minimal compact, Sonic youth, A place to bury strangers, oh yeaah on éclate tout, Vive la fête, Sexy sushi, Nine inch nails, I want to fuck you like an animal…

« Bon, c’est bien beau tout ça mais vous devez vous demander où je veux en venir. C’est vrai quoi, je vous promets une histoire de, de sentiment ? de sexe ? de love with unhappy end ?  et voilà que je décide d’aller fouler le parquet du live café. Je comprendrais parfaitement si vous vous mettez en grève, je n’ai pas le droit de vous mener en bourrique.

 

« Allez, on va de rattraper tout ça hein !

« Donc

« Finalement ce qui se passe c’est qu’ »

 

au lieu de me faire bousculer bien entamé à la Jenlain au Live café, me retrouve assis au Scopitone à siroter un pastis, et t’as l’air fatigué qu’ils m’ont dit,

 

« trouver la ligne de fuite, »

 

rue Saint-Nicolas je déambule, abattu, écrasé par les prunelles alarmées des touristes, le masque est tombé, foulé au pieds, l’écrase sans le savoir,

 

« Allez, bifurque quelque part mon baisot, faut impérativement retrouver le droit chemin. »

 

à droite toute, direction place des Carmes, l’appel de la foule, des sonorités charivari pompe funèbre d’un bel été normand, le roi Flaubert trône au milieu de ce beau monde, le saxophoniste également, plutôt la non-mélodie, orgueilleuse de technicité, lorsque,

 le cœur qui bat 360 bpm,

mais le cœur débande aussitôt,

ce qui se passe ?, ben elle n’est pas toute seule !!!  

 

« Ouf ! 

« Ami(e)s lecteurs, je vous remercie bien de votre patience. Et encore excusez la paresse de mes neurones ! »

 

— Action ! —

Le type en question se prénomme Zaka et il n’a pas l’air content que je m’incruste à leur table. Une grimbergen, s’il vous plaît !

Le type en question qui se prénomme Zaka parle et parle et parle, de son enfance à Beijing, de Mao Zedong, de la révolution culturelle, de tas trucs d’ordre géopolitique qui ne semblent guère intéresser la belle interlocutrice, à moins que je ne voie pas ce que j’entends,

— Comment va ta tête depuis la dernière fois ?, je savais bien que ce Zaka l’ennuyait avec son discours j’ai tout vu j’ai tout vécu.

— Elle s’est bien remise.

— T’es pas venu avec ton ami ?

— Ante Pavelić ?

— Ante Pavelić !!! On ne parle pas du même j’espère !

Fou rire entre elle et moi, Zaka sort de ses gonds, vexé, se lance dans un blabla charabia, achronologique, guerre en Yougoslavie, Robespierre, Pol Pot, Pierre le grand, Nelson Mandela, Diego Maradona, Scipion l’Africain, savons pas vraiment où il veut en venir, puis se fait militant, militant des droits de l’homme, qu’on n’a pas le droit de blaguer avec "ça", qu’Ante Pavelić c’est le diable personnifié, tiens !, que les parents d’Ante sont des irresponsables, des provocateurs, des ennemis de la démocratie,

— Tu veux dire par-là que l’homme est bon de nature ?, moi aussi je sors de mes gonds,  

— Il est plus qu’impératif d’y croire !

Fou rire, mais tout seul, car elle est en pleine conversation I-phonique avec une amie, à moins que ce ne soit une collègue de bureau, un amant, une maîtresse, le père de ses enfants, un tour opérateur en quête de chiffre, regarde autour de moi, de nous, des individus en conversation, parole téléportée, debout, assis, dans l’étreinte, buvant de la bière, du thé, se goinfrant de tapas, de frites, de kébab, happée par l’écran LCD, par les images-actions, par les chiffres balles de mitraillette, nombre de morts sur les routes, nombre de morts dans un pays en guerre, nombre de civils victimes d’attentats terroristes, nombre de calories à ne pas dépasser, les 39 aliments pour un ventre plat, nombre de but durant la coupe du monde de football, pourcentage en baisse du sentiment d’appartenance nationale, chiffre moyen du nombre de partenaires sexuels dans notre seule et unique vie, le temps moyen d’une relation sexuelle, le taux en hausse de la natalité, le chiffre des manifestants qui se sont opposés à la réforme des retraites, les chiffres officiellement en hausse de la délinquance, les résultats en relative baisse du nombre de bacheliers, une nana à ma droite demande à son mec dans combien de temps il arrive, le ton monte pour une question de minutes et de secondes, procès d’intention, communiquer c’est contrôler l’autre pour notre sécurité, surveiller et punir, ça n’est pas bien ce que tu fais, d’arriver en retard mon amour, guerre des nerfs & divertissement, votez : i like / i dislike, le vote est unanime, elle raccroche, « tous les mêmes ! », qui fait probablement écho à "toutes les mêmes", à l’autre bout du non-fil, du divertissement je vous dis, l’addiction du vide, mais au fond, tout à l’heure, se diront des mots doux baisés mouillés, 

Zaka semble dépité, marmonne aigre-doux, ai même le sentiment qu’il ne veut plus ma peau, qu’il veut être mon ami, mon allié, pas moi !, de la stratégie tout ça, pour m’endormir, et qu’il ne vienne pas me dire que le monde est absurde, ça manquerait de sincérité, suis juste un concurrent, autant réel que virtuel, et ça je ne le perds pas de vue bien qu’il vienne de me proposer une bière, trinquer entre rebelle de la société, ou entre gens de gauche puisqu’il paraît qu’on est des gens bien et responsables après 30 ans, mais ne suis ni de gauche, ni de droite, ni du centre, ni des extrêmes, pas vraiment utopiste non-plus, ni dans la contradiction, juste un refus de l’étiquette, de la dictature du signalement, pour le taquiner, le renvoie à l’écran, y a un type qui donne des coups de pieds et des coups de poings un peu partout dans l’espace confiné, un type musclé qui sent bon l’argent, l’homme monétisable, il est question de pari, de pari sportif, gagner de l’argent facilement qu’il(s) nous assomme(nt), en un clic,

— Bon, je vous laisse les gars, je vais retrouver une copine !

— Ah bon ? Et… tu fais quelque chose samedi soir ?

— Je ne suis pas libre.

Son regard croise le mien, connecting people, fort heureusement Zaka n’a rien vu, il est déçu, baisse les yeux, fait moins le fier, et puis la pluie en un clic, la pluie qui saccage tout, peut-être un signe du destin, la main tendue de celui que je ne veux pas nommer, le joujou de mon cerveau, mon double, connexion & transmutation.

 

« Bon inutile de vous mentir, faut que je vous dise, ne suis finalement pas sorti. Une chronique des terrasses vaine, je l’avoue. Ai pourtant fait tout mon possible, vous avez pu le constater,

« avais tous les ingrédients en main, l’amour, la rivalité, une ville de province, le climat délétère, une bande-son saxophonisante, le son pop-rock de Gozzer au Live café,

« mais suis rester ici, l’alcôve bunker, la tête du célèbre penseur qui trône toujours à l’écran, l’invitation sur facebook à l’aimer. Gilles Deleuze. 22 568 fans. De la part de qui ? J’accepte mécaniquement. 22 569 à présent. Pourquoi pas après tout, même si je sais qu’il m’aurait honni pour cela. »

 

« Bunker 44. Spliff au bec. Cerveau bercé par la basse de Bird dream of the olympus mons des Pixies, cerveau avide de connaissance, enfin ! Mais n’ai pas le courage de recommencer, de commencer vraiment. Vous promets néanmoins de faire mieux la prochaine fois. Bonne nuit à tous !  – mute »

Posté par Viviane 54 à 19:45 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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